Passacaglia
Cie Noemi lapzeson

Avec Passacaglia, c’est la première fois que Noemí Lapzeson ose travailler sur du Bach, compositeur dont elle n’a jamais voulu approcher la splendeur par le mouvement. Trop fort, trop grand, trop entier. C’est Diego Innocenzi, organiste originaire d’Argentine, comme la chorégraphe, qui l’a convaincue. Ils créent donc ensemble sur la Passacaglia, pièce ancrée sur une basse obstinée que traversent de nombreuses variations. Cela avec quatre extraordinaires danseuses qu’on retrouve de pièce en pièce dans le travail de Noemí Lapzeson. Romina Pedroli, Marcela San Pedro, Diana Lambert et Marthe Krummenacher dansent formidablement ensemble, chacune déployant sa personnalité sans éclipser celle des autres. Ainsi, c’est toujours à partir d’une ferveur individuelle qu’elles font groupe. Ici, soudé avec malice autour de l’enfant.

L’ouverture chorégraphique est silencieuse : la petite entre et découvre les danseuses, assises dans des stalles, en un trafic de bras aussi poétique qu’énigmatique. Une passacaille est originairement une danse populaire, et on sent un appel impérieux au mouvement lorsque les 4 danseuses prennent l’espace avec les premières notes. Si l’orgue reste solennel et puissant dans cette reprise incessante du thème, les corps sont plutôt gais, légers. L’enfant renforce cette ambiance joyeuse, aussi vivifiante qu’un courant d’air donné dans un temple dont on ouvrirait soudain les vitraux sur l’extérieur, sur la vie.

Michèle Pralong